vendredi 5 juillet 2013

Virées électroniques


Attendu depuis des lustres par les fans, beaucoup plus nombreux d'ailleurs qu'on ne l'imagine, le duo culte écossais de Boards of Canada a fini par livrer en juin dernier Tomorrow's harvest, un album somptueux qui ne crée pas la surprise, mais prolonge des pistes déjà explorées tout en ouvrant la fenêtre vers d'autres horizons. On imagine bien qu'il y a quelques grincheux pour arguer qu'en 2013, Boards of Canada ne sonne pas très différemment qu'en 2005, date de leur dernier album. Pas faux, mais peut-être juste qu'on s'en fout au final. L'electronica du duo reste un modèle de concision et sa force onirique ahurissante est demeurée intacte. Le reste est assez accessoire, les mots semblant d'ailleurs bien faibles face à l'imaginaire stimulé par cette musique…



lundi 24 juin 2013

Pur et dur



L'une des petites claques musicales du moment, c'est sans doute Fields of Reeds, troisième album des Anglais de These New Puritans, un quatuor atypique depuis ses débuts (2008), qui, bizarrement, largue les amarres en opérant un net ralentissement du tempo de sa musique. L'audace du groupe transpirait déjà par tous les pores de Hidden, leur précédent disque. Rythmique martiale, mélange inclassable d'electro et d'orchestration pompeuse qui partait dans toutes les directions. Impressionnant, souvent brillant, mais parfois indigeste. Cette fois, These New Puritans se mue en formation quasi-classique, avec orchestrations et instruments à vents. Mais le mouvement est bien plus radical que cela : des titres qui explosent les formats conventionnels de la pop song, une sensation d'étirement qui lorgne plutôt vers le post-rock et fait songer au génial traitement que Mark Hollis avait infligé à son groupe Talk Talk, avec l'album Spirit of Eden. On s'aventure clairement vers des territoires incertains, avec pour l'auditeur une belle sensation de se laisser emporter vers des zones inconnues. Si Fields of Reeds n'échappe pas du coup à quelques longueurs, des morceaux aussi beaux que Dream, Fragment two ou encore l'hypnotique Organ eternal, emportent largement l'adhésion. La semaine dernière, de passage au Café de la Danse, le groupe a prouvé que cet exercice ambitieux passait bien le cap de la scène, tout en revisitant magistralement son répertoire passé. Une audace pleine de promesses pour la suite. 

lundi 3 juin 2013

Une iconoclaste en Bavière



Si jamais vous passez par Munich, et de préférence avant le 7 juillet - mais oui, mais oui, c'est possible -, un saut au musée Brandhorst s'impose. D'abord parce que ce musée, à proximité de la Pinacothek der Moderne et du quartier étudiant, est vraiment superbe. Secondo parce qu'une expo sur l'artiste anglaise Gillian Wearing s'y tient et mérite absolument le détour. Compliqué de résumer en quelques lignes le travail de l'artiste, née en 1963. Cette photographe et vidéaste livre depuis de nombreuses années une œuvre très provocatrice, dérangeante, qui joue avec le spectateur et traverse des questions identitaires très puissantes. Son travail le plus célèbre met en scène des passants à qui elle a demandé d'écrire ce qu'ils avaient en tête au moment où elle les croisait. Ou encore cette vidéo incroyable où, après avoir croisé un jour une femme au visage entièrement bandé dans la rue, elle décide de lui rendre hommage en circulant ainsi dans la rue et en filmant les réactions des passants. Flippant et très intelligent.

samedi 11 mai 2013

Playing the angel


Il existe un certain ennui dans les livres de Don DeLillo. Oui, un ennui qui serait à la fois d'ordre littéraire (cette écriture qui n'exclut pas l'émotion mais la tient toujours savamment à distance) et serait surtout celui de personnages à la destinée parquée dans un quotidien dont eux-mêmes semblent parfois douter du sens. Impression très nette à la lecture de L'ange Esmeralda, splendide recueil de nouvelles paru récemment chez Actes Sud. Des nouvelles rédigées au fil des ans, mais qui explorent avec beaucoup de force le vide existentiel de nos contemporains. Des personnages qui flottent, semblent en lévitation, rattachés à des bouts d'existence parfois étranges, à l'image de cet homme emprisonné dans un centre pénitentiaire pour criminels financiers ou de cet autre homme qui passe ses journées à visionner le plus de films possibles au cinéma. Toute existence humaine est un jeu de lumière, lit-on quelque part dans l'une de ces nouvelles. Tout l'art de Don DeLillo est de tirer les ficelles (lumineuses) de ces destins aussi communs que singuliers. Brillant, vraiment.

samedi 27 avril 2013

Un peu beaucoup talentueux


En tout juste trois ans, l'ascension du jeune James Blake (même pas 25 ans) semble aussi fulgurante que justifiée. Vite repéré par les radios anglaises, le chanteur n'a eu de cesse de déployer son insolent talent, creusant une voie bien à lui, sorte de mélange assez unique entre electro, soul et dubstep. Difficile de ne pas être séduit par exemple par l'excellent Klavierwerke



Sur son nouvel album, Overgrown, Blake continue sur sa lancée et ne commet pas vraiment d'erreur. On y retrouve RZA, on explore toujours des hauteurs electro planantes et suffisamment étranges pour troubler le public de plus en plus large qui s'intéresse à lui. Le seul truc, qui vaut finalement pour les surdoués de son genre (Björk, Radiohead sont des exemples…), c'est le risque à la longue de lasser. Mais même ça, James Blake a tout le temps de l'anticiper.

samedi 13 avril 2013

Spring Breakeuuh ?


Harmony Korine serait-il un poil entubeur ? Sorti il y a déjà quelques semaines et précédé d'une efficace campagne marketing misant gros sur l'effet bikini, Spring Breakers laisse carrément perplexe. Le scénariste du génial Kids et réalisateur de Gummo a bien changé (ou c'est moi). Dans ce polar débauché qui prend pour cadre le rituel Spring Break cher aux étudiants américains, Korine semble sans cesse flirter avec les clichés qu'il dénonce. Le message du film n'est pas d'une complexité telle qu'un gosse de 10 ans, même nourri à MTV, ne puisse pas en saisir le propos, cette vacuité généralisée ici longuement pointée et déclinée. Si certaines scènes, installant une esthétique dark bubble-gum assez poétique, réussissent à nous rappeler qu'on a affaire à un type doué derrière la caméra, l'ensemble est d'une mollesse plutôt complaisante. Car c'est là le pire : on s'ennuie comme des rats morts dans ce film qui n'a rien à raconter, pas d'histoire, pas de personnages. Le comble pour un mec qui a percé comme scénariste. Sinon, les quatre copines sont effectivement sexy dans leur bikini et James Franco assure en icône gangsta rap. Mais euh, bon ?

samedi 6 avril 2013

La réinvention de la solitude


Je ne sais pas vous, mais moi il y a bien longtemps qu'un bouquin de Paul Auster ne m'avait pas emballé. En lisant son récent Chronique d'hiver, j'ai retrouvé enfin le plaisir de se laisser prendre aux fils tissés par cet excellent narrateur. Pas question ici de roman ou de fiction, le texte est un recueil de pensées centrées sur cette implacable donnée : à soixante-cinq ans, Auster est entré dans l'"hiver" de sa vie et cette saison-là que l'écrivain américain évoque, prétexte à d'incessants retours dans le passé. La force du livre tient beaucoup au regard froid et parfois même clinique que l'auteur pose sur certaines données de sa vie, les blessures et dégradations de son corps, les lieux où il a habités, ceux où il a voyagé. Terrible inventaire auxquels se mêlent nombre de souvenirs plus proches des codes classiques de l'autobiographie. Malgré quelques longueurs, cette Chronique d'hiver dégage, avec une économie d'effets, beaucoup d'émotion et fait évidemment écho à L'invention de la solitude, écrit il y a maintenant trente ans. L'impression, du coup, de revenir au meilleur d'Auster.