lundi 29 juillet 2013
Buenos Aires caliente !
Difficile, depuis quelques semaines, de passer à côté de La Yegros, cette chanteuse argentine dont le premier album Viene de Mi, est sorti en juin dernier. Un single éponyme et pétillant trotte depuis des mois, sur Nova notamment, et contribue grandement à la réputation de la demoiselle. Etiquetée chanteuse de cumbia, La Yegros est en fait plus que cela. Son projet s'inscrit dans une mouvance musicale qui met le feu à Buenos Aires depuis quelques temps, sous l'impulsion de l'excellent label ZZK : une relecture de vieux genres musicaux (cumbia, chamamé…) dopés à l'electro. Un peu comme Gotan Project avec le tango, mais en beaucoup plus joyeux et vitaminé ! Plusieurs compils, dont Future sounds of Buenos Aires, se sont déjà faites le témoin de cette scène très active et festive. On y retrouve, aux côtés de l'inspirateur King Coya, des groupes ou artistes tels que Tremor ou Fauna. De quoi renouveler notre regard sur la musique sud-américaine, souvent réduite à des clichés ici vite balayés…
jeudi 25 juillet 2013
Secret story
Secret, mais pas confidentiel. En 1992, Donna Tartt signait The Secret History (Le Maître des illusions en VF), un bouquin puissant et atypique, qu'elle avait mis huit ans à écrire et qui s'est quand même écoulé à quelque 5 millions d'exemplaires dans le monde. Condisciple de Bret Easton Ellis, à qui The Secret History était dédié, elle s'avère, à presque cinquante ans, aussi talentueuse que… peu prolifique. La sortie annoncée d'un troisième roman cet automne, The Goldfinch, fait donc figure d'événement. A suivre avec attention…
mardi 16 juillet 2013
A mazzy star is (re)born !
Bon, ok, ça n'a jamais été le duo le plus sympathique du monde. Je me souviens même d'un concert au Divan du monde écourté parce qu'un spectateur aviné avait osé siffler la belle Hope Sandoval, qui avait détalé sur le champ. Pas les potes rêvés pour rigoler, mais un putain de bon groupe, avec sa pop lancinante et psychédélique, une grâce électrique qui les élevait un cran au-dessus de la (pourtant rude) concurrence des 90s. On a suivi avec beaucoup d'intérêt la carrière solo de Hope Sandoval (la dernière fois, elle chantait dans le noir au Café de la danse, mais c'était magnifique), alors voir le duo se reformer pour un nouveau disque dix-sept ans après, c'est une vraie bonne nouvelle. A l'écoute du single California, on peut se montrer confiant. A suivre vite !…
http://www.spin.com/articles/mazzy-star-california-stream-seasons-of-your-day
vendredi 5 juillet 2013
Virées électroniques
Attendu depuis des lustres par les fans, beaucoup plus nombreux d'ailleurs qu'on ne l'imagine, le duo culte écossais de Boards of Canada a fini par livrer en juin dernier Tomorrow's harvest, un album somptueux qui ne crée pas la surprise, mais prolonge des pistes déjà explorées tout en ouvrant la fenêtre vers d'autres horizons. On imagine bien qu'il y a quelques grincheux pour arguer qu'en 2013, Boards of Canada ne sonne pas très différemment qu'en 2005, date de leur dernier album. Pas faux, mais peut-être juste qu'on s'en fout au final. L'electronica du duo reste un modèle de concision et sa force onirique ahurissante est demeurée intacte. Le reste est assez accessoire, les mots semblant d'ailleurs bien faibles face à l'imaginaire stimulé par cette musique…
lundi 24 juin 2013
Pur et dur
L'une des petites claques musicales du moment, c'est sans doute Fields of Reeds, troisième album des Anglais de These New Puritans, un quatuor atypique depuis ses débuts (2008), qui, bizarrement, largue les amarres en opérant un net ralentissement du tempo de sa musique. L'audace du groupe transpirait déjà par tous les pores de Hidden, leur précédent disque. Rythmique martiale, mélange inclassable d'electro et d'orchestration pompeuse qui partait dans toutes les directions. Impressionnant, souvent brillant, mais parfois indigeste. Cette fois, These New Puritans se mue en formation quasi-classique, avec orchestrations et instruments à vents. Mais le mouvement est bien plus radical que cela : des titres qui explosent les formats conventionnels de la pop song, une sensation d'étirement qui lorgne plutôt vers le post-rock et fait songer au génial traitement que Mark Hollis avait infligé à son groupe Talk Talk, avec l'album Spirit of Eden. On s'aventure clairement vers des territoires incertains, avec pour l'auditeur une belle sensation de se laisser emporter vers des zones inconnues. Si Fields of Reeds n'échappe pas du coup à quelques longueurs, des morceaux aussi beaux que Dream, Fragment two ou encore l'hypnotique Organ eternal, emportent largement l'adhésion. La semaine dernière, de passage au Café de la Danse, le groupe a prouvé que cet exercice ambitieux passait bien le cap de la scène, tout en revisitant magistralement son répertoire passé. Une audace pleine de promesses pour la suite.
lundi 3 juin 2013
Une iconoclaste en Bavière
Si jamais vous passez par Munich, et de préférence avant le 7 juillet - mais oui, mais oui, c'est possible -, un saut au musée Brandhorst s'impose. D'abord parce que ce musée, à proximité de la Pinacothek der Moderne et du quartier étudiant, est vraiment superbe. Secondo parce qu'une expo sur l'artiste anglaise Gillian Wearing s'y tient et mérite absolument le détour. Compliqué de résumer en quelques lignes le travail de l'artiste, née en 1963. Cette photographe et vidéaste livre depuis de nombreuses années une œuvre très provocatrice, dérangeante, qui joue avec le spectateur et traverse des questions identitaires très puissantes. Son travail le plus célèbre met en scène des passants à qui elle a demandé d'écrire ce qu'ils avaient en tête au moment où elle les croisait. Ou encore cette vidéo incroyable où, après avoir croisé un jour une femme au visage entièrement bandé dans la rue, elle décide de lui rendre hommage en circulant ainsi dans la rue et en filmant les réactions des passants. Flippant et très intelligent.
samedi 11 mai 2013
Playing the angel
Il existe un certain ennui dans les livres de Don DeLillo. Oui, un ennui qui serait à la fois d'ordre littéraire (cette écriture qui n'exclut pas l'émotion mais la tient toujours savamment à distance) et serait surtout celui de personnages à la destinée parquée dans un quotidien dont eux-mêmes semblent parfois douter du sens. Impression très nette à la lecture de L'ange Esmeralda, splendide recueil de nouvelles paru récemment chez Actes Sud. Des nouvelles rédigées au fil des ans, mais qui explorent avec beaucoup de force le vide existentiel de nos contemporains. Des personnages qui flottent, semblent en lévitation, rattachés à des bouts d'existence parfois étranges, à l'image de cet homme emprisonné dans un centre pénitentiaire pour criminels financiers ou de cet autre homme qui passe ses journées à visionner le plus de films possibles au cinéma. Toute existence humaine est un jeu de lumière, lit-on quelque part dans l'une de ces nouvelles. Tout l'art de Don DeLillo est de tirer les ficelles (lumineuses) de ces destins aussi communs que singuliers. Brillant, vraiment.
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