mardi 3 mars 2015

Vous êtes suivis



Dans la galaxie très codée des films d'horreur, ces dernières années ont vu le succès de films jouant beaucoup du second degré (Scream and co) ou de projets marquant par le peu de moyens développés (Blair Witch, Paranormal activity, etc). Le succès critique et public d'un film comme It follows vient redonner un peu d'ampleur au genre et c'est tant mieux. Plastiquement très abouti, porté par la charismatique Maika Monroe, ce second long-métrage de David Robert Mitchell tient ses promesses. Centré sur un groupe d'adolescents, le film noue son intrigue autour d'un mal que ces jeunes se transmettent par le sexe. Une fois contaminé, vous êtes sous la menace constante de quelqu'un qui vous suit et ne vous lâchera pas. On a connu plus flippant, mais l'ensemble se tient bien, garde le spectateur en haleine et distille une ambiance à la fois glaciale et malsaine. Au final, un portrait métaphorique de l'adolescence qui vaut davantage que les frissons qu'il procure.



mardi 24 février 2015

Cinq bonnes raisons ou pas d'aller voir Réalité




1) On y rit, mais pas que. Dans la lignée de ses films précédents, Quentin Dupieux parvient à créer un climat absurde où le rire et l'étrange sans cesse cohabitent, un cinéma qui outrepasse les frontières sans jamais dire clairement où il se situe. Créant un petit mais délicieux malaise chez le spectateur.

2) La musique est ouf. Franchement, il fallait oser. Dupieux, alias Mr Oizo  pour les amateurs de French touch, est allé chercher pour unique bande-son un extrait du très ardu Music with changing parts de Philip Glass. Un monument de la musique sérielle des seventies, potentiellement très soporifique malgré tout le respect dû au maître, mais ici distillé avec tact et sagacité.

3) Ce n'est pas du grand cinéma. Et tant mieux. Dupieux fait des bons films, pas des grands films. Ce n'est pas dire qu'il manque d'ambition, mais que cette ambition, cinématographiquement parlant, semble admettre ses limites. Des pièces absurdes, souvent plus proches de la série Z que du cinéma d'auteur, des trames insolites mais qui ne délivrent aucun grand message. De l'humour, mais même pas toujours pour faire rire. Habile.

4) Les images sont belles. La Californie est le cadre désigné des films de Dupieux, à la fois conforme aux clichés que l'on s'en fait et dans un léger décalage temporel. La lumière évoque plutôt les années 70, le stylisme on ne sait pas trop. Bref, c'est bien filmé, mais une fois encore un poil étrange.

5) Et puis bien sûr, il y a Chabat… Dans Réalité, il suffit qu'il apparaisse pour que sa présence chez Dupieux relève de l'évidence. Reclus dans sa caisse pour tenter de capter le meilleur gémissement du monde, il est tout bêtement immense. Rien d'autre à ajouter.

vendredi 7 novembre 2014

More de Moore


Nouvel album de Thurston Moore, The best day semble avoir vocation à davantage ravir les fans de Sonic Youth qu'il ne séduira de nouveaux adeptes. Deux morceaux marathons et assez âpres entament l'album, dont le monolithique Speak to the wild. Pour le reste, l'ami Thurston tire sur les ficelles un peu usées du passé. Chouette, mais sans le frisson qu'on attendrait.



mardi 4 novembre 2014

Waterproof




Un peu tôt pour dresser les tops de l'année, mais l'heure venue, on se gardera d'oublier Still the Water, le film de Naomi Kawase. S'il n'a pas obtenu la Palme d'or à Cannes, il laissera un souvenir au moins aussi puissant que le Winter Sleep de Ceylan. Seul point vraiment commun, une lenteur, cérébrale et dévastatrice chez le cinéaste turc, apaisée et cosmique chez la réalisatrice japonaise. L'histoire est toute simple, au fond : la complicité vaguement amoureuse de deux adolescents sur l'île d'Amami, confrontés au tumulte rituel de l'existence, désir sexuel naissant, complexité du monde adulte et premier vrai contact avec la mort. Ancré de bout en bout, hormis une belle parenthèse tokyoïte, dans les éléments, l'océan, le typhon, la forêt…, le film a tout du conte initiatique mais nous épargne les discours lénifiants pour se concentrer sur l'essentiel : la frontière, souvent ténue, entre le néant et la plénitude de l'existence, sondée ici par le regard en devenir de deux ados dont les corps ne semblent parvenir à s'unir que sous l'eau. Certains vont crier à l'ennui, pas grave, on est sans doute mieux seul ou à deux à contempler ce cinéma subtil et sensuel.



jeudi 2 octobre 2014

French touchy



On le cite rarement quand on évoque la scène électro française et à voir le nombre de vues scandaleusement faible de certaines de ses vidéos sur youtube, on aurait presque envie de pleurer. Enfin bon, aucune raison de verser dans le lacrymal. Exilé aux Etats-Unis, Sébastien Schuller est en fait un musicien dont la liberté d'expression et la trajectoire seraient plutôt du genre réjouissantes. Son album Happiness, paru en 2005, reste l'une des pièces les plus précieuses de cette décennie, combinant electro et pop avec une subtilité et une maîtrise qu'on ne rencontre pas tous les jours. Après un détour plus onirique sur son précédent album, l'ami Schuller revient avec un disque clairement référencé eighties. Si on a un peu peur aux premiers sons de synthé, forcément un poil dégoulinants, le charme, comme toujours avec ce musicien délicat, finit par opérer. Sans atteindre les sommets d'Happiness, Heat wave est un album classe et homogène, hommage sincère à des sons trop souvent (et mal) pillés, assemblage élégant où flotte une belle mélancolie digitale.







jeudi 25 septembre 2014

3 coeurs à prendre



"C'est la province"... Cette phrase, prononcée avec un sourire par deux soeurs à quelques mois d'intervalle en direction du même homme, concentre un peu du charme de ce mélodrame sombre au scénario implacable. La province, c'est là, à Valence pour être exact, qu'un inspecteur des impôts avide de sonder l'éternel mystère féminin, va voir sa vie méchamment basculer. Trouble hasard d'une double rencontre, trajectoires de vie que le destin arbitrairement sépare ou réunit, c'est l'histoire d'une passion, celle de Marc (Poelvoorde, épatant) et de Sylvie (Charlotte Gainsbourg, impeccable). Et si l'un finit par épouser la soeur (Chiara Mastroianni, dans l'un de ses plus beaux rôles) de l'autre, le triangle amoureux n'en est jamais vraiment un : la passion est une ligne terriblement droite, foudroyante, qui au final balaye tout sur son passage, les certitudes, le bonheur, la famille, le coeur. S'il n'évite pas quelques lourdeurs, surlignées par une musique pataude, le film de Benoît Jacquot est une vraie réussite, objet cinématographique plus unique qu'il n'y paraît, quelque part entre Chabrol et Duras. La province, quoi, mortelle et sublime.

dimanche 21 septembre 2014

Un parfum qui rend fou ?


Derrière le nom de Perfume Genious se cache un garçon pas tout à fait comme les autres. Mike Hadreas est né aux débuts des années 80 et a grandi dans la banlieue de Seattle où il vit toujours, semble-t-il, chez sa mère. Ce qui ne l'empêche pas d'être un artiste ultra extraverti, affichant et revendiquant une homosexualité passablement débridée, des obsessions et des addictions pas seulement sexuelles (dope, alcool et tout ça). Côté musique, signé chez Matador, Perfume Genious a déjà livré deux albums déclinant une indie-pop sacrément inspirée, où le tandem piano/voix fait le plus souvent des merveilles.





Voilà Mark Hadreas de retour en cette fin septembre, avec un nouvel album, Too bright, qui lorgne davantage vers le glam et a bénéficié de la production d'Adrian Utley (Portishead, quand même). Les clips de Queen ou de Grid valent d'ailleurs le coup d'oeil. Ok, il faut avoir envie de plonger dans cet univers assez barré et extravagant, c'est parfois un poil fatiguant, mais quelques belles surprises sont au rendez-vous, surtout en fin d'album, plus calme. On n'avait pas entendu un morceau aussi poignant qu'I'm a Mother, où planent les ombres de Bowie et Scott Walker, depuis quelque temps. Sans crier au génie, l'un des albums à ne pas rater cette rentrée.