mercredi 15 janvier 2014
Fils à papa
Il y a des films qui ont cet art subtil de flirter avec les clichés ou les bons sentiments sans jamais vraiment y céder. Tel père, tel fils fait sans doute partie de ceux-là. Une thématique de départ forte, mais déjà vue (et pas seulement chez les Groseille), un terreau narratif forcément émouvant, quelques touches de Bach un peu trop appuyées, et pourtant… Pourtant Hirokazu Kore-Eda ébauche son film avec une simplicité bienvenue, une économie de moyens qui n'occulte en rien les questionnements des personnages, tous intéressants, qui deviennent vite nos propres questionnements : autour de la filiation bien sûr, de l'éducation, de la relation qui peut se tisser entre un adulte et un enfant, entre un homme et un garçon… le spectre est large et forcément universel. Le tout néanmoins campé dans une société japonaise dont on connait le registre ultra-codé. Bref, chaudement recommandé, comme dirait le Grand Journal…
mercredi 8 janvier 2014
Danton is back
Un type talentueux, ce Danton Eeprom. DJ réputé, c'est aussi un musicien touche-à-tout, qui manie l'electro avec un spectre assez large, très large même. Son premier album, en 2009, sorti chez inFiné, jouait déjà sur les contrastes, d'une electro old school à des envolées plus pop. Même label, même démarche, pour autant If looks could kill, nouvel album du Français parti s'encanailler à Londres, n'est en rien un remake du précédent. Quelques morceaux phares (Biscotto&Chimpanzee, Hex Tape, Femdom) emmènent l'ensemble plutôt du côté du dance-floor, mais sans se priver d'irrésistibles détours. Jouissif.
jeudi 5 décembre 2013
Les eaux troubles de Jane Campion
Il y a fort à parier que les six heures de Top of the lake, la mini-série de Jane Campion ont laissé du monde en chemin. Personnages barjots, lenteur de l'intrigue, climat souvent oppressant, c'est sûr, on n'est pas dans 24 heures chrono. Tant pis pour ceux qui s'immergeront pas jusqu'au bout dans cette intrigue policière située en Nouvelle-Zélande, le scénario réserve pourtant des rebondissements jusqu'aux ultimes minutes. Mais c'est davantage la singularité de la série qui marque. La réalisation, d'abord, servie, c'est vrai, par des paysages impressionnants, mais où l'on retrouve la patte d'une vraie cinéaste. Les personnages, surtout, portés par un jeu d'acteurs de haute volée : Peter Mullan est génial et flippant, Holly Hunter charismatique et Elisabeth Moss, déjà vue dans Mad Men, campe ici avec magnétisme une inspectrice - le rôle principal - à la trajectoire sombre et complexe. Toute cette micro-société s'agite autour d'un fait-divers - une jeune fille enceinte de 12 ans, Tui, est sur le point de suicider, puis disparaît -, qui va révéler les ombres effrayantes du passé avant de dévoiler un présent tout aussi sordide. Le vrai bonheur de Top of the Lake, c'est la liberté que s'autorise Jane Campion, laissant émerger des séquences bien déjantées dans cette intrigue pourtant bien construite. Ce qui explique le tempo parfois lent, les détours dans la narration et quelques scènes incongrues. Au final, une œuvre accomplie et très originale qui n'a pas fini de trotter dans nos têtes.
mercredi 6 novembre 2013
Big deal !
Il y a des moments qui relèvent de l'évidence. Certains disques, par exemple, dont la première écoute nous fait tout de suite sentir qu'on tient une vraie perle. Le second album de Melanie de Biasio relève de cette catégorie et la seule chose que l'on puisse craindre, c'est de trop l'écouter et éventuellement de s'en lasser, car hélas il est très court. Une voix que l'on qualifiera de jazzy mais ça n'a sans doute que peu de sens : il y a surtout chez cette musicienne venue de Belgique (elle est aussi flûtiste) une intensité et une profondeur qui échappent à toute tentative d'étiquetage. Sa musique fonctionne de façon circulaire, certains morceaux semblent se répondre et enveloppent l'auditeur d'un halo légèrement mystérieux, mais pas trop. C'est la force aussi de ce disque : il est simple, sans fioritures ou maniérisme. Ultra-recommandé, donc, mais à consommer avec modération pour faire durer l'instant…
samedi 19 octobre 2013
Un peu léger, Mister Tellier
Après le délirant et relativement indigeste My god is blue, Sébastien Tellier revient à un exercice plus convenu avec un album quasi-instrumental, Confection. Plus sobre, pas du tout electro, mais quand même sur des terres très familières. Tellier est rompu au jeu d'équilibriste entre kitscherie et mélancolie, il y plonge une fois encore, mais sans grande conviction, semble-t-il. Eternels relents gainsbouriens, clins d'oeil à François de Roubaix, tout cela, on connaît par cœur, à tel point qu'à plusieurs reprises, on croit entendre La Ritournelle au long de ce court disque. Seul détonne un morceau, le très vilain Waltz, qui a le mérite d'hérisser le cheveu. Plaisant si on est prêt à se contenter de peu, sinon, pour du Tellier inspiré, prière de revenir dix ans en arrière.
mardi 15 octobre 2013
Un livre agaçant
Un peu compliqué de parler de ce bouquin. Son auteur, Alizé Meurisse, a plusieurs cordes à son arc et évolue dans la nébuleuse rock arty. Neverdays a toutes les raisons d'agacer, entre sa prose trash et sa pose hipster, ses tics de forme (toutes ces phrases en anglais balancées comme ça), sa thématique un peu pénible (un acteur célèbre, lassé de son image, usurpe une nouvelle identité en s'injectant des doses d'ADN…). Normalement, j'aurai balancé le livre au bout de cinquante pages, mais je l'ai lu jusqu'au bout. Parce qu'une fois l'agacement passé, on réalise que cette fille, - c'est son troisième roman - sait écrire, que ses formules faciles dissimulent d'autres talents dans l'art de jouer avec les mots. Que son propos, à défaut d'une franche originalité, ne sonne au final pas creux. Enervant, mais peut-être pas si gratuit.
dimanche 22 septembre 2013
Winter games
Je ne vous raconterai rien de la rentrée littéraire car Esprit d'hiver, de l'américaine Laura Kasiscke, est le seul bouquin que j'en ai lu pour l'instant. Le seul, mais quelle lecture… On ne sort pas absolument indemne de ce huis-clos hivernal, une plongée assez effrayante dans l'esprit d'une femme un jour de Noël. Un blizzard pas possible souffle dehors et Holly, levée tard, se retrouve seule avec Tatiana, sa fille adoptive de quinze ans. Son mari, parti chercher ses parents à l'aéroport, tarde à revenir et les invités se décommandent peu à peu, livrant à Holly à un tête-à-tête flippant avec sa fille, dont le comportement vire à l'étrange. C'est un peu Shining sans l'hôtel et sans Jack Nicholson, mais le flip, très cérébral, est réel et le dénouement remarquable. Excellent.
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