vendredi 29 janvier 2016
Mistress America, non merci
Il semblerait qu'on ait perdu Noah Baumbach . Après deux premiers films vraiment prometteurs, Les Berkman se séparent et surtout l'excellent Greenberg, qui donnait à Ben Stiller un de ses meilleurs rôles (à contre-emploi), le réalisateur américain avait explosé avec le très encensé Frances Ha, son noir et blanc allénien et son tempo virevoltant porté par l'épatante Greta Gerwig. On n'était pas obligé de crier au génie, mais difficile de résister au charme doux-amer de cette comédie indé. L'été dernier, la sortie de While we're young était donc assez attendue mais le résultat décevant, le film mettant en scène la rencontre de deux couples new-yorkais de génération différente, accumulant surtout les poncifs et traînant en longueur. Malheureusement, c'est presque pire avec ce Mistress America, co-écrit de nouveau avec Greta Gewig , une comédie qui s'enlise assez vite dans le n'importe quoi. Dommage car il y avait dans le scénario de départ une idée marrante, avec ces deux jeunes femmes d'âge différent qui se retrouvent soudain soeurs par un remariage, encore un truc générationnel. Si on pense encore à Woody Allen, cette fois, c'est plutôt pour le pire des dernières années, ces scènes de comédie un peu gênantes où on aimerait que ce soit un autre réalisateur qui tourne. Aux dernières nouvelles, Noah Baumbach n'a pourtant que 46 ans. Un peu tôt pour jouer les vieux cinéastes qui radotent.
vendredi 18 décembre 2015
Bombes humaines
Difficile, pour ceux qui l'ont vu, d'oublier la beauté sombre d'Oslo 31 août, le précédent film du norvégien Joachim Trier, une adaptation époustouflante du Feu Follet. Plus ample, plus ambitieux dans sa narration, Back Home (rebaptisé ainsi après les attentats de novembre mais initialement intitulé Louder than bombs) explore le quotidien d'une famille dont la mère, photographe de renom (Isabelle Huppert) est morte quelques années plus tôt, dans des circonstances plus ou moins claires. A travers un enchevêtrement de temporalités où présent, flash-backs, rêves s'agrègent en permanence, trois portraits d'hommes, le père et ses deux fils, dont Conrad, le plus jeune, en pleine crise d'adolescence. Chacun vit avec ses failles, ses fantômes, l'incommunicabilité père/fils étant ici remarquablement traitée. Lentement, avec quelques longueurs et en se regardant parfois un peu filmer, Joachim Trier tisse une trame dense, intense et au final passionnante. Les trouvailles de réalisation trouvent un écho parfait dans la direction d'acteurs impeccable. Et la réflexion sur l'information (Conrad, plongé en permanence dans l'univers des jeux vidéos apprend par un journal papier la vraie raison de la mort de sa mère), l'éducation est ici sublimée dans un objet cinématographique à la fois classique et virtuose.
lundi 30 novembre 2015
Toujours pas normale
Claire Boucher, alias Grimes, is back ! La Canadienne déjantée, signée chez 4AD, revient avec un quatrième album qui a la rude tâche de succéder au fantastique Visions. Que les accrocs se rassurent, la musique de Grimes file toujours autant entre les doigts, insensé concentré créatif où se croisent tellement d'influences (pop manga, electro, soul, hip hop, médiéval...) qu'on ne cherche justement plus à décrypter quoi que ce soit. En ce sens, Art Angels ne marque aucun signe d'essoufflement, simplement moins d'inspiration que son prédécesseur. Plus évident, moins subtil, l'album vaut ses charmants détours, foisonne de hits (trop ?) efficaces. Au final, il risque de moins marquer les esprits. Vivement le prochain ?
Noirs désirs
Ovni musical par excellence, ce premier album de Bruit Noir associe deux complices, Pascal Bouaziz (Mendelson) et Jean-Michel Pires (Mimo the maker,) autour d'un projet musical radical et aventureux. Dans le format déjà : sans guitare, rythmé par des percussions lapidaires et orné de cuivres distordus, un chant, celui de Bouaziz, qui relève plus du récit que de la cantate. Tellement froid, tellement minimaliste qu'on en tremble d'abord : on va vraiment pouvoir tenir tout un album ? En fait, oui, car il y a dans ces chansons qui n'en sont pas une urgence, un sens du détail qui ne sont pas que noirceur. Si l'intro incroyable (Requiem) met en abyme un Pascal Bouaziz trépassé, on se retrouve vite entraîné dans une narration musicale accrocheuse, grâce à ces textes aussi tranchants qu'attachants. Truffés de punchlines que pourraient méditer la plupart des rappeurs hexagonaux, ces dix morceaux sans concession s'avèrent vite indispensables.
mardi 24 novembre 2015
Bowie unlimited
En quelques jours, Blackstar, le nouveau single de David Bowie, capitalisait déjà plus de 2 millions de vues sur Youtube. Le morceau, en fait un véritable court-métrage d'une dizaine de minutes, a eu vite fait de marquer les esprits et d'échauffer les oreilles. Normal. Depuis Outside, paru en 1995, on n'avait pas entendu l'ami Bowie livrer une musique aussi dérangée. Rien à voir avec The Next Day, l'album du retour en 2013, rock mais fadasse. Ici, outre l'univers visuel évidemment intriguant, le morceau se déroule de façon inattendue, alternant un jazz-electro sismique avec une pop lumineuse, le tout porté par le chant majestueux du maître. Un poil trop long, ok, mais de très bon augure en vue de l'album éponyme qui sortira le 8 janvier prochain. Bowie, qui s'est adjoint les services de James Murphy sur plusieurs titres, aurait été surtout influencé par le hip-hop inventif de Kendrick Lamar. Autant dire, ce qui s'est fait de mieux en 2015...
jeudi 12 novembre 2015
Tu t'es vu en homard ?
La vraie question avec The Lobster était surtout de savoir si le film allait tenir ses promesses. Avec un pitch aussi alléchant (pour le faire vite, les célibataires sont envoyés dans une résidence/hôtel pour trouver l'âme soeur, faute de quoi ils seront transformés en animal de leur choix au bout de 45 jours), le grec Yorgos Lanthimos avait toutes les cartes en mains pour réussir un chef d'oeuvre. Et de fait, dès les premiers plans, avec l'arrivée de Colin Farrel à l'hôtel, le film intrigue, dérange, amuse. Les bases de cette farce sont vite et bien posées, dans un registre inédit qui évoque autant Orwell, Von Trier que Pasolini. La mécanique absurde qui se met en place séduit en même temps qu'elle effraie, portée par des comédiens impeccables et une mise en scène inspirée. C'est dans la seconde partie du film que ce système éblouissant tend à s'essouffler. Le personnage de Colin Farrell prend la tangente, la narration se disperse en même temps que lui dans la forêt où zonent les Solitaires, et l'apparition d'une Léa Seydoux pas à son meilleur n'arrange pas les choses. La farce devient fable, une dénonciation évidente de notre société consumériste et normative, mais on finit hélas par s'ennuyer, malgré une scène hilarante sur fond musical de Jeux Interdits et une séquence finale réussie. Reste un objet cinématographique assez ovniesque, sans doute pas le chef d'oeuvre espéré, mais tout de même très fréquentable.
samedi 31 octobre 2015
Mercury Rev n'y est plus vraiment
La trajectoire parfois indéchiffrable de ce groupe indie américain croisera toujours le point d'orgue de leur inusable chef d'oeuvre Deserter's songs, sorti en 1998. Depuis, malgré quelques moments de grâce au fil des différents albums, qui ont succédé Mercury Rev n'a jamais réussi à rééditer la formule de cette pop délicate et aérienne. Au contraire, trop souvent noyé dans des arrangements ampoulés, le groupe s'est un peu perdu en route. Après 7 ans d'absence, l'arrivée d'un nouvel album et une tournée en novembre pouvait faire espérer un come-back lumineux. The Light in you n'est pas un mauvais album et certains titres, comme Central Park East ou Autumn's in the air, se révèlent même assez accrocheurs. Mais une fois de plus, les Américains cèdent à la tentation d'en faire trop et leur musique vire trop souvent vers une pop guimauve qui, on l'espère, sera moins indigeste sur scène. Dommage.
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