mercredi 7 novembre 2012
Retour vers le futur
On sait tous, en écoutant ses chansons, que Dominique A, n'est pas qu'un chanteur. Ses textes ont cet arôme littéraire qui donne tant d'élégance à sa musique. Et de musique, il est question aussi dans Y revenir, le très beau petit livre que le chanteur a publié chez Stock cet automne. Mais c'est surtout de Provins, ville natale de Mister Ané, qu'il est question dans ce récit qui plonge dans le passé et revient goûter les paysages de l'enfance. Ville-prison, ville détestée par un jeune garçon qui rêvait d'autres horizons et dont la famille, à son adolescence, partit finalement pour Nantes. Le texte, avec la retenue et la justesse qu'on connait à son auteur, relate ce rapport difficile à une ville qui, même quittée, a continué de hanter le chanteur. Jusqu'à ce qu'il y revienne le temps d'un concert, expiant tel une Lol V. Stein le passé maudit. On comprend mieux aussi à la lecture du livre certains textes du chanteur, directement liés à Provins, comme le superbe rue des Marais et Les terres brunes. Au final, c'est court, très bien écrit, pudique et vraiment émouvant
mardi 9 octobre 2012
Home (not) sweet home
Beaucoup a été dit et écrit dans cette rentrée littéraire sur le dixième roman de Toni Morrison, Home. Moi qui d'elle n'avais lu (et beaucoup apprécié) que Beloved, je dois m'avouer assez bluffé par la concision de ce nouveau texte. 150 page à peine mais tout y est : le poids de la ségrégation sociale et raciale, l'expérience forcément destructrice de la guerre (ici celle de Corée), la violence de la cellule familiale et l'intensité cependant des liens de sang. Et le poids terrible du passé, de l'enfance et de ses souvenirs ténébreux que rien n'a pu effacer. C'est un peu Faulkner rewrité par Modiano. Ok, l'image est bizarre, mais le bouquin, lui, est splendide.
vendredi 5 octobre 2012
Sombres héros
Une des belles réussites de cet automne pourrait bien être ce groupe anglais, Dark Horses, de passage la semaine dernière à Paris, et dont l'album Everywhere, prévu pour novembre, devrait nous tenir compagnie à l'heure d'hiver. Douze titres produits par Richard Fearless, le magicien aux commandes de Death In Vegas, et une plongée assez hypnotique dans un rock plutôt ténébreux, lynchien, serait-t-on tenté de dire. La chanteuse Lisa Elle, anglo-suédoise, mène tout ça avec une grâce résolument gothique, histoire d'enrober ces belles compos d'une imagerie légèrement sulfureuse. Prometteur.
mercredi 3 octobre 2012
A forest
Ca buzze depuis quelques mois déjà et maintenant c'est vraiment l'heure de la consécration pour Lescop, trentenaire français qui, avec l'épatant single La forêt, a su viser juste dans le paysage musical actuel. L'album éponyme qui sort dans la foulée est dans l'ensemble à la hauteur des promesses du single. Lescop a réussi très joliment le petit jeu d'équilibre rétro, qui nous donne l'impression de replonger en 1982 sans céder à une nostalgie trop facile. Impossible de ne pas penser à Daho, mais sans la naïveté un peu confondante du Rennais à ses débuts, avec un bon vrai son cold-wave derrière, qu'ont très bien su restituer récemment des groupes comme Tristesse contemporaine ou Aswefall. Sauf qu'ici la tonalité est résolument variétoche, assumée comme telle, et c'est sans doute pour ça que la formule fait mouche. Elégant et malin.
lundi 1 octobre 2012
Kids A
Certains livres ne s'ouvrent pas à nous de façon immédiate. On les feuillette d'abord, on ne sait pas pourquoi mais on ne rentre pas vraiment dedans… et puis un jour on y revient et puis les pages s'enchainent comme une évidence. Exactement ce que j'ai vécu pour Just Kids, le livre que Patti Smith a consacré à sa relation unique avec le photographe Robert Mapplethorpe. Livre éminemment touchant, écrit avec une pudeur et une sincérité parfois surprenantes. Plonger dans le NewYork de la fin des sixties et du début des seventies au travers de ce couple plutôt improbable est aussi plaisant que follement excitant. Le Chelsea Hotel, les silhouettes bientôt disparues de Janis Joplin, Hendrix, Warhol… Et puis ces deux paumés qui sont d'abord amants, mais surtout se nourrissent de leur propre inspiration pour esquisser deux trajectoires artistiques exemplaires… Robert shootera la pochette du premier album de Patti, leur lien restera magnifique et intense jusqu'à ce que la maladie emporte Mapplethorpe en 1989. Vingt ans plus tard, ce livre-hommage scelle les liens jamais complètement définis de ce drôle de duo. Superbe.
samedi 8 septembre 2012
L'amour à mort
Amour, de Michael Haneke, Palme d'or cette année à Cannes, sera sur les écrans le 24 octobre prochain. On hésite un peu à recommander cet excellent film, tellement son propos, sa forme aussi peuvent sembler pesantes, pour ne pas dire plombantes. La vieillesse, la maladie, la mort sont au menu de ce huis-clos parisien où l'amour qui unit les personnages joués par Trintignant et Emmanuelle Riva est soumis à une ultime épreuve. L'épreuve, elle est aussi pour les spectateurs, contraints d'assister à un spectacle certes banal, mais qui est au fond tout ce que notre société cherche aujourd'hui à masquer coûte que coûte. Il fallait bien sûr un réalisateur pervers pour mettre en scène ce drame du quotidien. Haneke, qui n'a eu de cesse depuis vingt ans de disséquer les racines du mal sociétal, quitte à perdre le spectateur en route (remember Funny games), use des mêmes procédés en collant au plus près ce couple qui bascule dans la mort. C'est peut-être son meilleur film, même si je garde un faible pour sa trilogie autrichienne (71 fragments…, Benny's vidéo, Le septième continent…). Trintignant, y est sidérant, lui qu'on n'avait plus vu au cinéma depuis Janis et John.
lundi 3 septembre 2012
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