vendredi 8 février 2013
En colère !
Bastien Vivès a beau être un dessinateur prolifique, ses Melons de la colère ne sont pas une nouveauté, mais un album paru aux Requins Marteaux en 2011. Dans la collection BD cul, précisons-le. Car du cul, oui, il y en a dans cette histoire où une jeune paysanne consulte des médecins libidineux dans l'espoir de faire réduire sa poitrine pour le moins volumineuse. On retrouve le trait assez classique de Vivès, ponctué de scènes assez crues, mais aussi de séquences franchement poilantes, comme cette scène où un agriculteur (le père) débarque dans un Darty et demande à un vendeur de "mettre ses photos sur l'Internet". S'ensuit un dialogue de sourds irrésistible et emblématique des dons anthropologiques de Vivès. Chaud, caustique et dérangeant.
mercredi 6 février 2013
Granville fait du bien
L'un des derniers-nés de la pop française s'appelle Granville, vient de sortir un premier album, Les voiles, et propose une musique assez rétro, entre naiveté sixties quasi yéyé et un oeil tourné plutôt outre-atlantique, vers la pop californienne. Avec des titres efficaces comme Nancy Sinatra ou Jersey, le groupe normand trouve un son et une identité assez charmants, qui font souvent mouche. Un projet musical réjouissant à déguster comme un berlingot en ce terne début de février.
mardi 29 janvier 2013
Killed by a remix ?…
Asaf Avidan, vous connaissez forcément, disons au moins d'une oreille. Ce chanteur et musicien israélien a publié plusieurs albums, plutôt bien accueillis d'ailleurs. Mais l'histoire a basculé lorsqu'un fan allemand s'est piqué de remixer l'un de ses anciens titres, Reckoning song, transformé en One day. Sur le coup, Avidan, à qui son fan avait envoyé le remix, n'a pas du tout aimé. Mais la blague a vite tourné sur les réseaux sociaux et viré au phénomène (73 millions de vues sur youtube !), au point que le label d'Asaf a voulu le commercialiser. D'abord réticent, le chanteur a fini par céder. L'histoire rappelle le Don't you, des Simple Minds, fer de lance de la new wave eighties propulsés du jour au lendemain stars planétaires sur la foi d'un titre qu'ils n'avaient pas composé. Aujourd'hui, alors que sort Different pulse, son excellent quatrième album, Asaf Avidan remet les pendules à l'heure, en proposant une musique sans concession, portée par cette voix ahurissante que des millions de personnes ont écoutées en se dandinant. Espérons qu'il y a de la place pour le tube et le folk un peu extraterrestre de ce surdoué.
jeudi 24 janvier 2013
M'enfin ?
M'enfin pourquoi ? Un nouvel album de New Order peut-il être un événement en 2013 ? Ben, la réponse clairement est non. Lost sirens, sorti ces jours-ci est un exercice assez vain, simple compilation en fait des morceaux laissés de côté lors de l'enregistrement de Waiting for the siren's call, il y a déjà huit ans. Et déjà, à l'époque, on avait du mal à ne pas s'endormir. Ici l'inanité des huit titres proposés ne donne qu'une envie, ressortir ses vieux cd et réécouter un bon vieux Age of consent. Fais pas bon vieillir…
mercredi 23 janvier 2013
Love, etc
Même si le rythme de sa production s'est sensiblement accéléré depuis une dizaine d'années et que malgré la Palme d'or, son Tree of life avait pu diviser, un film de Terrence Malick reste un événement. Une plongée de quelques heures dans un monde où l'organique et le spirituel s'entrecroisent, avec au milieu des hommes, qui font ce qu'ils peuvent et font d'une certaine manière juste partie du décor (cosmique). Et quelque part, ou partout, ou peut-être nulle part, Dieu.
Pour A la merveille, Malick ne nous plonge qu'une petite heure cinquante dans son cosmos. Comme d'habitude, la photographie est extraordinaire, la narration étrangement déconstruite et l'ensemble lyrique à souhait. Je ne me livrerai pas à un exercice critique, il y en aura suffisamment début mars, à la sortie du film. Et puis ce cinéma-là a aussi une intensité telle que lorsqu'on en sort, on a davantage envie de partager une émotion, une expérience, que de savoir si au fond, le film est vraiment bon ou pas. Dont acte.
vendredi 18 janvier 2013
Reality show
Certains photographes vont plus loin que d'autres. Mais chez Antoine d'Agata, ce n'est pas la surenchère qui intéresse mais plutôt la profondeur, le flux, la radicalité d'un propos qui depuis une vingtaine d'années lui a permis de composer une œuvre éprouvante mais très impressionnante. Monde de la nuit, défonce, sexe, dope… D'une vision documentariste, d'Agata a glissé peu à peu vers plus d'abstraction, vers quelque chose qui semble même échapper à la photographie. Mais son travail reste éminemment politique, comme ses séries sur Sangatte par exemple. Bref, ne ratez pas l'expo que lui consacre le Bal à partir du 24 janvier. Un livre, Anticorps, sort par la même occasion et donne, avec plus de 2400 photographies, la mesure de cette œuvre d'ores-et-déjà unique et monumentale.
mercredi 7 novembre 2012
Retour vers le futur
On sait tous, en écoutant ses chansons, que Dominique A, n'est pas qu'un chanteur. Ses textes ont cet arôme littéraire qui donne tant d'élégance à sa musique. Et de musique, il est question aussi dans Y revenir, le très beau petit livre que le chanteur a publié chez Stock cet automne. Mais c'est surtout de Provins, ville natale de Mister Ané, qu'il est question dans ce récit qui plonge dans le passé et revient goûter les paysages de l'enfance. Ville-prison, ville détestée par un jeune garçon qui rêvait d'autres horizons et dont la famille, à son adolescence, partit finalement pour Nantes. Le texte, avec la retenue et la justesse qu'on connait à son auteur, relate ce rapport difficile à une ville qui, même quittée, a continué de hanter le chanteur. Jusqu'à ce qu'il y revienne le temps d'un concert, expiant tel une Lol V. Stein le passé maudit. On comprend mieux aussi à la lecture du livre certains textes du chanteur, directement liés à Provins, comme le superbe rue des Marais et Les terres brunes. Au final, c'est court, très bien écrit, pudique et vraiment émouvant
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