mercredi 23 janvier 2013

Love, etc


Même si le rythme de sa production s'est sensiblement accéléré depuis une dizaine d'années et que malgré la Palme d'or, son Tree of life avait pu diviser, un film de Terrence Malick reste un événement. Une plongée de quelques heures dans un monde où l'organique et le spirituel s'entrecroisent, avec au milieu des hommes, qui font ce qu'ils peuvent et font d'une certaine manière juste partie du décor (cosmique). Et quelque part, ou partout, ou peut-être nulle part, Dieu.
Pour A la merveille, Malick ne nous plonge qu'une petite heure cinquante dans son cosmos. Comme d'habitude, la photographie est extraordinaire, la narration étrangement déconstruite et l'ensemble lyrique à souhait. Je ne me livrerai pas à un exercice critique, il y en aura suffisamment début mars, à la sortie du film. Et puis ce cinéma-là a aussi une intensité telle que lorsqu'on en sort, on a davantage envie de partager une émotion, une expérience, que de savoir si au fond, le film est vraiment bon ou pas. Dont acte.

vendredi 18 janvier 2013

Reality show



Certains photographes vont plus loin que d'autres. Mais chez Antoine d'Agata, ce n'est pas la surenchère qui intéresse mais plutôt la profondeur, le flux, la radicalité d'un propos qui depuis une vingtaine d'années lui a permis de composer une œuvre éprouvante mais très impressionnante. Monde de la nuit, défonce, sexe, dope… D'une vision documentariste, d'Agata a glissé peu à peu vers plus d'abstraction, vers quelque chose qui semble même échapper à la photographie. Mais son travail reste éminemment politique, comme ses séries sur Sangatte par exemple. Bref, ne ratez pas l'expo que lui consacre le Bal à partir du 24 janvier. Un livre, Anticorps, sort par la même occasion et donne, avec plus de 2400 photographies, la mesure de cette œuvre d'ores-et-déjà unique et monumentale.

mercredi 7 novembre 2012

Retour vers le futur



On sait tous, en écoutant ses chansons, que Dominique A, n'est pas qu'un chanteur. Ses textes ont cet arôme littéraire qui donne tant d'élégance à sa musique. Et de musique, il est question aussi dans Y revenir, le très beau petit livre que le chanteur a publié chez Stock cet automne. Mais c'est surtout de Provins, ville natale de Mister Ané, qu'il est question dans ce récit qui plonge dans le passé et revient goûter les paysages de l'enfance. Ville-prison, ville détestée par un jeune garçon qui rêvait d'autres horizons et dont la famille, à son adolescence, partit finalement pour Nantes. Le texte, avec la retenue et la justesse qu'on connait à son auteur, relate ce rapport difficile à une ville qui, même quittée, a continué de hanter le chanteur. Jusqu'à ce qu'il y revienne le temps d'un concert, expiant tel une Lol V. Stein le passé maudit. On comprend mieux aussi à la lecture du livre certains textes du chanteur, directement liés à Provins, comme le superbe rue des Marais  et Les terres brunes. Au final, c'est court, très bien écrit, pudique et vraiment émouvant

mardi 9 octobre 2012

Home (not) sweet home


Beaucoup a été dit et écrit dans cette rentrée littéraire sur le dixième roman de Toni Morrison, Home. Moi qui d'elle n'avais lu (et beaucoup apprécié) que Beloved, je dois m'avouer assez bluffé par la concision de ce nouveau texte. 150 page à peine mais tout y est  : le poids de la ségrégation sociale et raciale, l'expérience forcément destructrice de la guerre (ici celle de Corée), la violence de la cellule familiale et l'intensité cependant des liens de sang. Et le poids terrible du passé, de l'enfance et de ses souvenirs ténébreux que rien n'a pu effacer. C'est un peu Faulkner rewrité par Modiano. Ok, l'image est  bizarre, mais le bouquin, lui, est splendide.

vendredi 5 octobre 2012

Sombres héros


Une des belles réussites de cet automne pourrait bien être ce groupe anglais, Dark Horses, de passage la semaine dernière à Paris, et dont l'album Everywhere, prévu pour novembre, devrait nous tenir compagnie à l'heure d'hiver. Douze titres produits par Richard Fearless, le magicien aux commandes de Death In Vegas, et une plongée assez hypnotique dans un rock plutôt ténébreux, lynchien, serait-t-on tenté de dire. La chanteuse Lisa Elle, anglo-suédoise, mène tout ça avec une grâce résolument gothique, histoire d'enrober ces belles compos d'une imagerie légèrement sulfureuse. Prometteur.

mercredi 3 octobre 2012

A forest


Ca buzze depuis quelques mois déjà et maintenant c'est vraiment l'heure de la consécration pour Lescop, trentenaire français qui, avec l'épatant single La forêt, a su viser juste dans le paysage musical actuel. L'album éponyme qui sort dans la foulée est dans l'ensemble à la hauteur des promesses du single. Lescop a réussi très joliment le petit jeu d'équilibre rétro, qui nous donne l'impression de replonger en 1982 sans céder à une nostalgie trop facile. Impossible de ne pas penser à Daho, mais sans la naïveté un peu confondante du Rennais à ses débuts, avec un bon vrai son cold-wave derrière, qu'ont très bien su restituer récemment des groupes comme Tristesse contemporaine ou Aswefall. Sauf qu'ici la tonalité est résolument variétoche, assumée comme telle, et c'est sans doute pour ça que la formule fait mouche. Elégant et malin.

lundi 1 octobre 2012

Kids A


Certains livres ne s'ouvrent pas à nous de façon immédiate. On les feuillette d'abord, on ne sait pas pourquoi mais on ne rentre pas vraiment dedans… et puis un jour on y revient et puis les pages s'enchainent comme une évidence. Exactement ce que j'ai vécu pour Just Kids, le livre que Patti Smith a consacré à sa relation unique avec le photographe Robert Mapplethorpe. Livre éminemment touchant, écrit avec une pudeur et une sincérité parfois surprenantes. Plonger dans le NewYork de la fin des sixties et du début des seventies au travers de ce couple plutôt improbable est aussi plaisant que follement excitant. Le Chelsea Hotel, les silhouettes bientôt disparues de Janis Joplin, Hendrix, Warhol… Et puis ces deux paumés qui sont d'abord amants, mais surtout se nourrissent de leur propre inspiration pour esquisser deux trajectoires artistiques exemplaires… Robert shootera la pochette du premier album de Patti, leur lien restera magnifique et intense jusqu'à ce que la maladie emporte Mapplethorpe en 1989. Vingt ans plus tard, ce livre-hommage scelle les liens jamais complètement définis de ce drôle de duo. Superbe.